Un peu d’Histoire : Crise au Palais

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Un peu d’Histoire : Crise au Palais
11 Octobre
18:15 2016

PHUKET : Vers la fin de l’année 1874, le Siam entra dans une crise qui menaçait de plonger le royaume dans la guerre civile. Les origines de cette crisse remontent à plusieurs années auparavant, lorsque le père du Roi Chulalongkorn, le Roi Mongkut, proclama son frère ‘Second Roi’, lui conférant un rang et un titre équivalent au sien. Le frère du Roi Mongkut devint alors le Roi Pinklao et dirigeait le ‘Front Palace’, lieu jusque-là réservé au ‘Uparaj’, le vice-roi du Siam. 


Pendant le règne du Roi Mongkut, le ‘Front Palace’ du Roi Pinklao reçut un pouvoir, une autonomie et un prestige sans précèdent. Il avait le droit de disposer d’une armée et de collecter l’impôt. 

Quand le Roi Mongkut mourût soudainement en 1868, le Prince Chulalongkorn, son fils ainé et héritier du trône, était encore trop jeune pour régner. La cour désigna donc Chao Phraya Srisuriyawongse comme régent du jeune monarque.

Dans la tradition siamoise, lorsqu’un nouveau roi est couronné, il désigne un Uparaj, un vice-roi, pour l’aider à diriger le royaume. La plupart du temps, le roi choisit un de ses frères. Le Uparaj bien sur obéît au roi et reçoit le contrôle du Front Palace.

Mais lorsque Mongkut fut couronné roi, il décida de faire quelque chose qui n’avait encore jamais été fait. Au lieu de nommer son frère en tant que Uparaj, le roi éleva son frère au même rang que lui, son égal, un deuxième roi. 

Après la mort du roi Mongkut, un conseil de princes et de nobles, dirigé par Chao Phraya Srisuriyawongse, décida à l’unanimité de soutenir Chulalongkorn en tant que roi. Le point de discorde, cependant, fut le sort du Front Palace. Des princes insistèrent qu’il était du devoir du roi de designer qui deviendrai Uparaj. Mais Srisuriyawongse maintenait que ce n’était plus le cas. Puisque le Roi Mongkut l’avait décrété, le Front Palace serait maintenant autonome et aurait sa propre lignée de successeurs. Ainsi, le prochain ‘Second Roi’ devrait être le fils du Roi Pinklao, le Prince Vichaichan. 

Les discussions du conseil furent âpres mais suivirent la décision de Srisuriyawongse. Le Prince Vichaichan fut nommé ‘Second Roi’, succédant à son père a la tête du Front Palace. 

Mais lorsque le Roi Chulalongkorn arriva à l’âge de régner en 1873, des tensions apparurent entre lui et le second roi. Avant cela, le Front Palace jouissait d’une autonomie jamais vue et les reformes entreprises par le Roi Chulalongkorn menaçaient ce statut quo. 

En Décembre 1874, Vichaichan reçût une lettre anonyme dans laquelle sa vie était menacée. En réponse, il mobilisa ses troupes. Cette manœuvre inquiéta le Roi Chulalongkorn. L’armée de Vichaichan dépassait en nombre la garde royale du roi. La mobilisation des gardes du Front Palace fut perçue comme une menace et le roi mobilisa immédiatement ses propres troupes. 

La situation s’envenima rapidement quand quelques jours plus tard un feu se déclara dans le Grand Palace, résidence du roi et de la famille royale. Le Front Palace avait fait serment de protéger le roi en toute circonstance, donc les troupes de Vichaichan se sont précipitées pour aider à éteindre l’incendie. Mais, les gardes royaux, soupçonnant les troupes du Front Palace de profiter de cette opportunité pour entrer dans le Grand Palace et arrêter le roi, ne les laissèrent pas entrer. 

Heureusement le feu fut éteint rapidement. Apres l’incident, des rumeurs circulèrent, le Front Palace pourrait avoir eu quelque chose à voir avec l’incendie. Vichaichan fut aussi accusé de négligences dans ses devoirs en tant que maître du Front Palace car il n’avait pas personnellement mené les troupes dépêchées pour venir en aide au roi. Usant de ce prétexte, le Roi Chulalongkorn ordonna à ses troupes d’encercler le Front Palace.

La confrontation entre les deux rois semblait alors inévitable. Craignant pour sa vie, Vichaichan s’échappa à l’aube du 2 Janvier 1875. Il se réfugia au consulat britannique et demanda la protection des anglais. La cour, scandalisée, accusa Vichaichan de chercher une intervention étrangère et de saper la souveraineté nationale. 

Mais le roi voulait garantir l’amnistie a Vichaichan s’il acceptait de renoncer à son titre de ‘Second Roi’. Se sachant soutenu par les britanniques et les français, Vichaichan refusa toute réconciliation. La situation était dans une impasse.

Le 5 Janvier, Sir Andrew Clarke, gouverneur des colonies britanniques du détroit, fut invite à Bangkok en tant que médiateur dans ce conflit. Clarke avait rencontré le Roi Chulalongkorn une seule fois, lors d’un voyage en Malaisie. Le gouverneur fut très impressionné par l’enthousiasme du jeune roi pour les réformes. Il assura immédiatement au Roi Chulalongkorn qu’il résoudrait cette crise et ferait accepter a Vichaichan ses conditions. 

Alors que le soutien de Clarke pour le Roi Chulalongkorn devint flagrant, le consulat britannique commença à retirer son soutien envers Vichaichan. Le ‘Second Roi’ fut alors forcé de revenir à la table des négociations. L’accord final déchût Vichaichan de son titre de ‘Second Roi’. En échange, le Roi Chulalongkorn lui garantit l’amnistie contre toute persécution. Il fut également autorisé à conserver son rang en tant que maître du Front Palace et à maintenir une petite armée et quelques armes pour sa protection. 

Le roi reprit le contrôle de toutes les prérogatives administratives du Front Palace. La Palais Royal prit également contrôle de tous les navires et droit de levée d’impôt appartenant au Front Palace. Des lors, le rôle d’homme d’état de Vichaichan fut drastiquement affaibli. 

Vichaichan resta à la tête du Front Palace jusqu’à sa mort en 1885. Après son décès, le Roi Chulalongkorn abolit le titre centenaire de maitre du Front Palace. Plus aucun Uparaj ni ‘Second Roi’ ne succèderait a Vichaichan. Pour le remplacer, le roi créa le titre de ‘Siam Mongkut Ratchakuman’, ou Prince Héritier du Siam, sur le modèle des monarchies occidentales. Il désigna son fils, Prince Maha Vajirunhis, premier ‘Prince Héritier du Siam’ en 1886. Le Front Palace fut partiellement démoli. 

Aujourd’hui, ce qui en reste a été converti en musée, le Bangkok National Museum. 


Article original : Anand Singh / Phuket Gazette

Photo from - Supanut Arunoprayote

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